Histoire des tapis chinois

En matière d’art, la vieille Chine, ne fut jamais en retard. Ses soies étaient déjà célèbres à l’époque romaine. Malheureusement, rien ne reste de ces temps reculés.

Le tissage du tapis était il en Chine un art indigène ? Question bien difficile, voire impossible à résoudre. Pour certain le tapis est originaire de l’Egypte ; pour d’autre du delta, du Tigre et de l’Euphrate. On sait quelle maîtrise y avait atteint la Perse. Il est probable que les guerres, les échanges, les migrations des peuples en furent les propagatrices. Il en va des tapis comme toutes les autres découvertes, elles ne furent pas régulièrement successives ; des climats, des conditions de vie semblables ou presque amenèrent les races les plus différentes en apparence à rechercher et à trouver des moyens de confort identiques et nous ne pouvons saisir le début d’aucun art… Quand il se révèle à nous c’est qu’il existait déjà depuis longtemps sans que sa technique particulière fût connue. En outre, nous ne possédons pas d’écritures de la vieille Chine. Cela nous condamne ou à l’ignorance, ou à de simples suppositions sur beaucoup de points de son histoire.

motif chineLes plus anciennes carpettes étaient faites par le procédé du « feutrage » ; l’une qui date du VIIIe siècle et qui appartient à la maison impériale du Japon est fort belle ; en son centre, deux phénix, le Yin et le Yang, c’est à dire les principes mâle et femelle. Des rochers surmontés de plantes, des papillons, ornent le fond blanc grisâtre… bordure et oiseaux sont bruns et indigo. Aux coins, des nuages en forme de tchi prouvent son origine chinoise. La Maison Impériale japonaise en possède d’autres du VIIIe siècle, des fleurs indigo et brunes les décorent.

Un peu plus tard le « feutrage » fut abandonné, le nœud persan adopté. Mais c’est du Nord de la Chine que semblent venir les plus anciens tissages. Quand les Mongols eurent conquis ce pays, un actif échange d’artistes s’établit entre les deux contrées, d’autre part le bouddhisme pénétra en Chine, il reçut l’influence grecque. Si donc nous trouvons sur la même carpette des dessins chinois, bouddhistes, grecs, persans, arabes, cela nous indique qu’étrangers et émigrants firent subir à l’art chinois la même influence que celle qu’il exerçait sur celui des autres peuples.

Dans la Chine du Nord, les tapis servirent d’abord à couvrir le « fourneau lit » si bien décrit dans les récits de voyages du Père Hue. Quand le bouddhisme arriva, les temples s’ornèrent de draperies, de tapis destinés à étouffer le bruit. Par imitation les maisons des riches mandarins et celles des princes en furent garnies. Jusqu’aux dernières années de la dynastie Ching le tapis fut l’art du Nord. Marco Polo lors de ses voyages (1275) note la manufacture de la grande ville de Cambulac… Puis les Mongols arrivèrent ; une éclipse momentanée se produisit, on revint aux vieux tapis des Ming et des Ching  faits à l’intérieur du pays sous le patronage des empereurs. Beaucoup plus tard s’établirent des écoles de tissage ; en 1860, par exemple un prêtre en créa une, elle était en même temps un établissement de charité, mais le prêtre fut un jour obligé de rentrer dans son temple ; alors l’école fut fermée, les tisserands se dispersèrent…

La guerre des Boxers fit connaître le tapis chinois à l’Europe et à l’Amérique par le pillage des riches demeures des Mandarins. Depuis, les demandes d’achats se multiplièrent ; malheureusement, ce tapis en devenant un simple article de commerce perdit ses qualités artistiques ; cependant à l’intérieur de la Chine du Nord, les tapis sont encore faits selon les vieilles méthodes, et restent excellentes.

Si nous essayons de reconnaître les tapis chinois, et leur âge, nous pouvons nous aider de plusieurs observations. D’abord le tissage : tous sont tissés avec le nœud Sehné. Les plus modernes ont une chaîne et une trame en coton, autrefois, elle était de laine ou de soie. Dans les plus récent, les fils de chanvre sont très visibles à l’envers, la trame très grossière traverse deux fois entre les rangées de nœuds. Les côtés sont finis en enroulant la trame autours des fils extérieurs de chaîne, mais la lisière n’est jamais large ; la lisière inférieure est très étroite, l’autre, la supérieure, l’est aussi mais elle à une frange. Ils sont assez lâchement tissés, et les anciens moins régulièrement que les modernes.

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Couleurs et dessins sont aussi révélateurs ; sur les couleurs du passé, le temps à jeté sa patine ; quand aux dessins, leur signification décèle la religion, la philosophie, les idées de l’époque où ils furent tissés… le dragon, le lotus, les nuages, la montagne sacrée, tout cela trahit l’âge d’un tapis.

Sous les Sungs (960-1280) les tapis étaient certainement connus. Cette époque de prospérité littéraire et artistique en avait besoin pour orner sa splendeur, malheureusement rien ne nous reste. Sous les Yuan (1280-1370) Kubilaï Khan les utilise. Des Ming datent les plus anciens que nous possédions. Ils sont de qualité supérieure à celle de leurs devanciers. Le travail en est soigné, les couleurs sobres, la trame et la chaîne sont en général de coton. Certains, faits de soie, étaient à l’usage des riches mandarins, quelques uns contenaient même des fils d’or et d’argent. Leurs dessins étaient nombreux : des emblèmes, des motifs floraux, des dragons, des svatiskas, en couvraient le fond, ou s’inscrivaient dans des figures géométriques… On y voyait même des vases à sacrifices ou d’autres objets utilisés dans les cérémonies religieuses. Leur centre était occupé par un médaillon reproduisant souvent les dessins figurant au dos des anciens miroirs chinois, les bordures étaient faites d’une seule bande et entourée d’une lisière de couleur, beaucoup étaient garnies de svatiskas.

Les couleurs des tapis de cette période sont profondes et riches. La laine brune naturelle ou sombre était habituellement employée pour la bordure extérieure, qui pouvait encore être jaune pâle ou bleue. Le fond était habituellement lumineux, rouge profond, jaune pâle ou brun doré. Les fils d’argent ternis donnent un reflet particulier aux carpettes qui en contenaient.

Au début de la dynastie Kang-Hi, les guerres avec les Mandchous (vers 1644) ravagèrent la contrée. Mais de 1642 à 1722, sous l’illustre Kang-Hi une splendide floraison d’art se produisit. Au début de cette période, on imita encore les Ming, mais les couleurs et dessins étaient cependant plus libres, les dragons moins archaïques. Dans la 2eme période de la dynastie les figures géométriques furent remplacées par des feuillages, le médaillon central ou les angles portèrent des dragons stylisés ; fleurs et feuillages devinrent apparents au lieu d’être esquissés sur le fond. Beaucoup de dessins purement symboliques : un vol d’hirondelles des bosquets, dans lesquels des papillons volaient parmi les feuilles…

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On compliqua les bordures avec des feuilles de vigne, fleurs stylisées, svatiskas… elles portent des traces de l’influence persane. Enfin, entre 1722 et 1736, les vieux dessins furent encore suivis, mais on remarque l’influence de la Manchourie, une tendance à adopter de formes plus ornementées. Couleurs et dessins variés et moins conventionnels que ceux des temps précédents, beaucoup de fleurs et de feuillages.

De 1736 à 1795, cette période fut une des plus riches de l’art chinois. Porcelaines et tapis de caractère cosmopolite : chinois, persan, musulman teintes délicates, style inspiré de celui de la Perse ; oiseaux, papillons, emblèmes religieux… Les formes géométriques disparurent, l’art floral se développa : chrysanthèmes, orchidées, non symétriquement disposés. Un ou plusieurs médaillons entièrement floraux. Certains tapis portaient des emblèmes taoïstes : vases à sacrifices, trépieds, symboles de bonheur et de longévité…

tapis-chinois-(1)Quelques bordures s’ornaient de svatiskas, ou de dessins en forme de T. Quelques tapis en eurent deux, l’une à dessins géométriques, l’autre à décors floraux, cette dernière était la plus large. Quand aux fonds, les uns étaient bleus ou ivoires, les autres jaunes avec un léger reflet abricot « jaune impérial ».

De 1796 à 1820, les dessins de l’époque précédente se répètent avec de légères modifications, mais leur dimension s’accrut. Beaucoup manquent cependant du raffinement de leurs devanciers.

Actuellement, les tapis chinois sont classés selon leur origine. Pékin et Tien Tsin travaillent beaucoup pour l’Europe et pour l’Amérique du Nord. Vers le Rivière Jaune sont les centres de Pa Taw et de Ninxsia.

Les tapis de Pa Taw comptent parmi les plus jolis à cause de la finesse de leur fabrication. Certains ressemblent à des tapisseries. Ils sont tissés de la plus fine laine, de celle des moutons élevés dans le doux climat de la grande boucle du Huang Ho ; celle des moutons de la Mongolie au climat rigoureux est plus grossière. Les couleurs sont riches, jaune, bleu, vert, comme bordure une légère bande de couleur ; les dessins sont grands et simples ; habituellement, des objets de sacrifices et la chaîne est en coton.

Les tapis de Ninxia leur ressemblent mais moins ornés et de travail moins fin, ils sont fait avec de la laine de Mongolie. Les couleurs sont rouges, bleues, brunes, selon la demande des acheteurs. Ils représentent des scènes pastorales et d’anciens symboles.

Les tapis de Pékin sont innombrables, les dessins et les couleurs des plus variés, ce sont surtout des articles d’exportation.

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