Les châteaux français et leurs tapis

Le Moyen-âge a vu la naissance des châteaux et avec eux, l’engouement pour les tapis. À travers les siècles, les lieux de prestige comme le château d’Angers ou celui de Fontainebleau ont été embellis par leurs propriétaires, profitant de l’arrivée des marchandises exotiques en provenance des 4 coins du monde, dont les tapis d’Orient. Mais la grande majorité des collections de tapis encore visibles dans les châteaux aujourd’hui sont toutefois des tapis issus de manufactures royales telles qu’Aubusson ou Gobelins. Afin d’en découvrir davantage, faisons un rapide tour d’horizon des châteaux français les plus célèbres pour leur tapis.

Fin du Moyen-Âge

Grâce aux multiples croisades menées en Orient et qui ont permis aux chevaliers et seigneurs de rapporter des centaines voire des milliers de tapis noués à la main. L’art du tissage et du nouage à la main était connu depuis l’Antiquité, mais la France et l’Europe ne le découvraient que vers la fin du Moyen-Âge. Les tapisseries sont alors encore considérées comme des produits de luxe que seuls les nobles et les riches seigneurs pouvaient posséder.

Le château d’Angers

Si l’Histoire de France et de ses châteaux est indissociable de celle de la tapisserie, c’est à cause des Rois et Princes de France, qui du Moyen-âge à la Renaissance, ont voué à cet art, une véritable passion. On ne peut donc pas parler des châteaux français et de leur tapisserie sans évoquer les mécènes qui se cachent derrière ces immenses collections de tapis, toutes origines confondues et dont la valeur est juste inestimable aujourd’hui.

La preuve de cet étroit lien entre la royauté et la tapisserie est aujourd’hui visible au château d’Angers dans le Pays de la Loire. Le duc d’Anjou a commandé vers 1375 une tapisserie murale de près de 103 mètres de long sur 4.50 mètres de haut. Intitulée « Apocalypse », cette tenture divisée en 6 pièces compte 78 scènes inspirées du dernier livre du Nouveau Testament. C’est à ce jour encore, la plus grande tapisserie murale illustrée au monde.

À l’instar de l’Apocalypse, vous noterez que les grandes tentures narrent la vie d’un Saint ou un passage de la Bible. Mais le Moyen-Âge appréciait également les scènes galantes et romantiques qui contrastent avec la rudesse de la vie seigneuriale. Le Château d’Angers permet justement d’admirer aussi une célèbre tenture appelée « La Dame à la licorne » représentant une gente damoiselle de noble rang jouant au clavecin dans un jardin fleuri aux côtés d’une licorne.

Le château de Villeneuve Lembron

Situé à Villeneuve, près de Clermont-Ferrand et de Saint-Flour, dans le département du Puy-de-Dôme, le château de Villeneuve Lembron est d’abord célèbre pour ses décors peints. Il recèle pourtant un trésor presque caché qui est la Salle des Tapisseries. De part et d’autre de la gigantesque cheminée, sur tous les murs de la pièce luxueuse sont disposés des tentures murales relatant la vie diplomatique et domestique de son seigneur, Rigaud d’Aureille qui a servi Louis XI Charles VIII, Louis XII et François Ier en tant qu’ambassadeur. Cette salle dont le décor rappelle encore l’architecture brute des forts du Moyen-Âge sert aujourd’hui de décor pour les tournages.

Vers la Renaissance

À partir du XVIIème siècle, l’art de la tapisserie se démocratise. De nouvelles manufactures royales ont été fondées dont celle de Gobelins sous l’encouragement d’Henri IV et de Louis XIII afin de concurrencer la tapisserie flamande.

Le château de Tau à Reims

Au XVIème siècle, la renaissance de l’art de la tapisserie marque une véritable coupure avec le Moyen-Âge. Les tentures denses avec trop de personnages entassés ne sont plus à la mode. D’Italie, une nouvelle tendance est née : celle des tapis plus aérés mettant en scène des personnages monumentaux. Vous pouvez voir un exemple concret de cet art de la tapisserie au Palais du Tau à Reims avec le tapis « La prédication de Saint-Pierre » de Charles Duruy datant du XIXème.

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La Révolution a énormément impacté cette riche collection de tapisseries datant de la Renaissance. Les inventaires menés sur cette période ont permis de découvrir qu’une importante partie des tapisseries ont été perdues, rendues à leur commanditaire ou propriétaire étranger ou à leur centre de fabrication. Très peu ont pu être conservées et sont arrivées jusqu’à nous. Les historiens d’art peuvent tout de même remonter suffisamment d’éléments pour attribuer certains modèles tissés.

Le château de Châteaudun

C’est dans ces ateliers que Charles Le Brun et Jean-Baptiste Colbert font la commande de la tenture Histoire du Roy en l’honneur de Louis XIV. La tapisserie est constituée de 14 pièces réalisées à la manufacture des Gobelins. Sa grande particularité est qu’il s’agit d’une tenture à fils d’or qui peint le quotidien des rois de France : Le Sacre du Roy, Le Mariage du Roy, L’entrevue des rois de France et d’Espagne, L’entrée du Roi à Dunkerque, Le Renouvellement de l’alliance entre la France et les cantons suisses à Notre-Dame de Paris en 1663, L’Audience du Cardinal Chigi, Le Roy Louis XIV visitant les Manufactures de Gobelins 1667….

Il est important de noter qu’à cette période, les mécènes commandaient également beaucoup de tapis représentant des scènes religieuses comme la tenture de L’Ancien Testament ou celle de L’histoire de Moïse qu’on peut aujourd’hui admirer au château de Châteaudun près d’Orléans.

Le château de Sully-sur-Loire

Bien qu’il soit peu connu, le château de Sully-sur-Loire renferme un précieux trésor qui est la tenture de L’Histoire de Psyché. La visite de ce château situé au bord de la Loire, dans la commune française de Sully-sur-Loire, le département du Loiret et la région Centre-Val de Loire, commence par la chambre du Roi où se trouve la tenture de 4 pièces en tapisserie de lice. Cette pièce unique date du XVIIème siècle et a fait l’objet d’un vaste projet de restauration avant d’être à nouveau exposé en public. Ces 4 tapis font partie d’une série de 6 autres pièces conservées au château de Rosny-sur-Seine.

Le château de Pau

La particularité du château de Pau est qu’il dispose d’une pièce entièrement dédiée à l’art de la tapisserie. Pour être plus précis, il s’agit d’un couloir, celui des Maisons royales qui mène à l’escalier d’honneur. Ce site actuellement fermé au public mérite d’apparaître dans notre liste, car l’anti-chambre qui se trouve sur le palier de l’escalier d’honneur donne sur un long couloir, percé de trois fenêtres donnant sur la cour du château, est orné de tapis.

C’est le peintre Le Brun qui a conçu le carton de cette tenture constituée de 12 grands tapis correspondants aux 12 mois de l’année ou aux 12 signes du zodiaque. La tenture des Maisons Royales du château de Pau a été réalisée pour célébrer la magnificence du Roi-Soleil. Il y est mis en scène à la chasse, en promenade, au bal. On peut aussi comptabiliser des pièces destinées à décorer des appartements au 1er étage : 5 tapis entre fenêtres et 3 grandes tapisseries.

On peut y voir entre autres les tapis muraux suivants :

  • Château vieux Saint-Germain,
  • Château neuf Saint-Germain,
  • Château de Madrid au bois de Boulogne,
  • Château de Vincennes,
  • Bal au Palais royal,
  • Château de Fontainebleau.

En tant que château défensif de plaisance, le château de Pau dans les Pyrénées-Atlantiques en région Nouvelle-Aquitaine est classé monument historique depuis 1840. Il est sauvé in extrémis de la démolition pendant la Révolution.

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Le château de Fontainebleau

Le château de Fontainebleau compte près de 30 000 œuvres d’art accumulé au cours de 800 ans d’existence. Vous pouvez y admirer une imposante collection de tapis et de tentures dans le château tant dans les Appartements historiques que dans le musée de Napoléon Ier. Parmi cette riche collection, beaucoup de tapis précieux et rares ont été réalisés pour cacher le décor rustique et brut des châteaux. C’est le cas notamment « L’histoire de Scipion », une tenture sublime de 22 pièces destinée à éblouir les invités d’Henri IV durant le baptême de son fils Louis. Cette tapisserie est tendue dans la salle de la Belle Cheminée du château de Fontainebleau.

Le château de Chambord

Le château de Chambord situé dans le département du Loir-et-Cher en région Centre Val de Loire près de Blois est un domaine particulier. C’était un ancien fort des comtes de Blois destiné ensuite à devenir une résidence de chasse durant le règne de François Ier. Désormais, il est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO et continue à recevoir des hôtes de marque et des ambassadeurs du monde entier.

La pièce la plus habillée en tenture est sans doute le logis du roi. L’inventaire établi en mars 1883 stipule que le château de Chambord n’abriterait que 60 objets d’art, 46 tableaux, 22 meubles et des centaines de tapisseries au point brodées. Il est important de noter que ces tapisseries peuvent être fonctionnelles et donc être utilisées comme tentures murales, portières ou encore garnitures de sièges. La marquise de Cintré commande en 1871, un ensemble de tapis de sol pour la chambre à coucher du roi et le petit salon ainsi que d’autres tapisseries moins imposantes destinées à d’autres pièces du château (en tapis de sol, tapis de table ou couverture de sièges dans la chapelle, l’oratoire, la galerie, etc…).

Avec la marquise de Bagnac et de Blésois, elle voulait participer au mouvement « Campagne des Dames de France » qui apportait son soutien à la restauration de la monarchie. Cette commande gigantesque n’a été honorée qu’en partie seulement, mais à quand même mobilisé 5000 tisserands dans toute la France. Une grande partie de cette collection a été vendue en canevas carrés de 50 cm de côté. Seuls quelques modèles sont encore visibles à Chambord.

Les manufactures royales

Il est important d’apporter quelques précisions sur les manufactures royales qui ont largement contribué à embellir les châteaux de France avec leur création. Ces deux ateliers ont vu le jour au cours du même centenaire (XVème siècle). C’est Henri IV qui décide en avril 1601 d’installer la première manufacture des Gobelins pour s’affranchir des taxes et des coûts faramineux liés à l’importation des tapisseries étrangères. Cette manufacture jouissait de privilèges particuliers comme celui d’être le fournisseur attitré du Roi. Les tisseurs travaillent le plus souvent à partir de patrons dessinés sur carton fournis par des artistes de renom.

Tout comme les Gobelins, Aubusson mettait en avant la préservation des techniques anciennes par l’embauche de tisserands expérimentés italiens ou flamands. Or, Aubusson est avant tout, un genre de tapis fabriqué dans la ville du même nom et dont les origines restent assez floues. Les privilèges et les titres des tapis d’Aubusson n’ont été confirmés qu’en 1331 par Louis Ier de Bourbon. Les thématiques récurrentes sur les tapis Aubusson sont les verdures, la chasse, les scènes religieuses.

En résumé, il faudrait des centaines d’heures pour étudier ce vaste sujet sur les châteaux français et leur tapisserie. En tout cas, ce petit résumé liste quelques-uns des châteaux ouverts au public et qui exposent encore des tapisseries remarquables de nos jours.